Crise migratoire : les chefs d’État de l’UE renvoient les migrants en Turquie

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Les chefs d’Etat Européens et la Turquie ont scellé vendredi 18 mars 2016 à Bruxelles un accord visant à freiner les arrivées de migrants et de réfugiés dans l’Union européenne en contrepartie d’une aide financière et de facilités accordées à Ankara.

Cet accord prévoit notamment le retour en Turquie de toutes les personnes arrivant illégalement sur les îles grecques de la mer Egée, selon le principe du « un pour un »: « Pour chaque Syrien renvoyé de la Turquie depuis les îles grecques, un autre Syrien sera réinstallé de la Turquie vers l’UE en tenant compte des critères de vulnérabilité des Nations unies », peut-on lire dans le texte.

En échange de sa contribution au règlement de la crise migratoire, la Turquie a obtenu une aide financière supplémentaire de la part de l’Europe – 3 milliards d’euros en plus des 3 milliards déjà accordés -, la mise en oeuvre anticipée de la libéralisation des visas pour les citoyens turcs et l’accélération du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE.

La NGS déplore que cet accord est été approuvé, car il est contraire à la législation internationale et aux droits fondamentaux. Conclu sur fond de crise migratoire, cet accord revient à marchander des êtres humains en échange de concessions politiques. Rappelons que la Turquie est le seul pays au monde à différencier les demandeurs d’asile européens et les autres qui doivent engager une procédure plus complexe. Ce pays, qui a déjà accueilli 1,8 million de réfugiés syriens, leur réserve une situation précaire, sans législation sur l’accès au travail et aucun statut de réfugié. Ankara n’a d’ailleurs jamais ratifié l’élargissement de la Convention de Genève. De plus, il n’existe pas de coopération véritable entre l’UE et la Turquie. N’oublions pas non plus les divergences qui subsistent encore avec ce pays sur les droits de l’homme ou la liberté de la presse, alors que vient de s’ouvrir à Istanbul, le procès de deux journalistes turcs. Tous deux risquent la prison à vie pour avoir publié des photos, des vidéos et un reportage montrant des membres des services de renseignement turcs transportant, dans des camions, des armes à destination de la Syrie en 2014.

La question des migrants et des réfugiés devient malheureusement vitale pour des millions de gens. Notre capacité, matérielle et subjective, à les accueillir est mise en doute et devient un sujet d’affrontements politiques. La peur joue un rôle certain dans ces derniers. La relative impuissance des états riches à aider à la résolution des conflits multiples qui sont une des causes de ces migrations contribue aussi à désespérer les uns et les autres.

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 » Alors que la mobilité est reconnue comme un facteur essentiel de développement humain, les deux tiers des habitants de la planète ne peuvent circuler librement. Quant aux pays traditionnels d’immigration, ils ont fermé leurs portes, si ce n’est bâti des murs ou installé des camps de rétention. Les effets pervers de la fermeture des frontières sont pourtant légion. Aux victimes, aux sans-papiers et aux sans-droits, s’ajoutent les camps de réfugiés, l’économie maffieuse du passage, les déficits économiques et démographiques liés à l’absence de mobilité, sans parler des coûts exorbitants des politiques de fermeture et d’expulsion » (Catherine Withol de Wenden).

Une très bonne analyse de la situation migratoire en Europe et dans le monde, par Catherine Wihtol de Wenden lors de la journée internationale de l’immigration.

 

Catherine Wihtol de Wenden est docteur en science politique de Sciences Po. Consultante pour divers organismes dont l’OCDE, la Commission européenne, le HCR, le Conseil de l’Europe. Depuis 2002, elle préside le Comité de recherche « Migrations » de l’Association internationale de sociologie. Elle a été membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité entre 2003 et 2011. Juriste et politiste, ses recherches comparatives portent sur les flux, les politiques migratoires et la citoyenneté en Europe et dans le monde.

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