Mais que pensent donc les candidats à la présidentielle des arguments de ces experts qui alertent de plus en plus vivement sur une possible implosion de l’euro?

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 Liêm Hoang Ngoc, économiste et soutien de Jean-Luc Mélenchon pour la campagne de 2017.                        Par  Atlantico 

 

 

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, et Patrick Artus, directeur de recherche chez Natixis évoquent les défauts de conception de la zone euro et les blocages de la gouvernance économique européenne. Pour savoir ce que pensent les candidats à la présidentielle de ces mises en garde, Atlantico a interrogé les QG de campagne.

De façon concomitante, ce lundi 12 septembre, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, et Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis, d’orientation plutôt libérale, affirment que la zone euro serait en voie de dislocation. Ainsi, Joseph Stiglitz déclarait, dans une interview donnée au journal Le Monde : « Les malfaçons de la monnaie unique remontent à sa création. En 1992, les Européens ont imaginé qu’une union monétaire, où les pays ne seraient plus en mesure d’ajuster leurs économies par les taux de change et les taux d’intérêt, fonctionnerait néanmoins tant que les gouvernements maîtriseraient leurs finances publiques et que l’inflation serait sous contrôle.

Ils ont donc instauré des règles budgétaires strictes et une banque centrale veillant sur les prix. Ils imaginaient que le marché corrigerait les autres déséquilibres. Ils avaient tort. L’euro n’a pas apporté la prospérité promise, mais la division et la divergence. Pire, il a aggravé les choses lorsque la crise a frappé. »  De la même façon, pour Patrick Artus, dans une interview donnée à Boursorama la zone euro va disparaître si rien n’est fait, parce qu’elle est néfaste dans sa forme actuelle

Atlantico : Dans quelle mesure le risque ici présenté par ces deux économistes est pris en compte par votre candidat, et quelles sont les propositions faites pour préserver, renforcer, ou non, la zone euro ?

Réponse de Liêm Hoang Ngoc (Soutien de Jean-Luc Mélenchon) : Joseph Stiglitz et Patrick Artus ont raison. L’Union européenne est une construction politique inachevée et la zone euro une construction économique bancale. Dans cette dernière, à défaut d’un budget européen conséquent organisant les transferts de ressources nécessaires, les pays victimes de « déséquilibres macroéconomiques » sont sommés de pratiquer la « dévaluation interne », en réduisant leurs salaires et leurs dépenses publiques. Il en résulte un jeu à somme négative où l’insuffisance de la demande est à l’origine de la déflation qui menace la zone euro. La BCE a tenté d’y faire face en assouplissant sa politique monétaire. Cette action est insuffisante. Elle doit être accompagnée de politiques budgétaires offensives, comme le recommande désormais le G20. La relance budgétaire est d’autant plus pertinente que la crise des dettes souveraines s’est estompée dès que la BCE a sorti le « bazooka » en annonçant qu’elle rachèterait sur le marché secondaire les titres des pays qui feraient l’objet d’une spéculation.

Les textes européens interdisent malheureusement aux États-membres de mener cette autre politique. Parmi ces textes, le Traité budgétaire fixe un objectif d’équilibre structurel des comptes publics. Le six pack détermine des trajectoires inatteignables de réduction des déficits courants et des taux d’endettement. C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon propose de les renégocier.

Pour réformer la zone euro, il faudrait de plus s’orienter vers une union de transferts organisant la convergence vers le haut des États-membres grâce à un budget communautaire accru. Celui-ci devrait pouvoir être financé par l’impôt et l’emprunt européens. L’harmonisation de l’impôt sur les sociétés devrait être mise en marche et le tarif extérieur commun réactivé. Ce plan A requiert des avancées vers une Europe politique intégrée plus démocratique, où la Commission et un Trésor européen en gestation seraient contrôlés par un Parlement aux pouvoirs étendus. Tout ceci nécessite un changement de traité, et donc l’accord de notre principal partenaire, l’Allemagne.

A défaut, un plan B doit être envisagé pour sortir de l’enlisement, tant le scénario actuel exacerbe les inégalités entre les pays et fait exploser le chômage. En sortant de concert de l’euro, de nombreux pays retrouveraient des marges de politique budgétaire car ils n’auraient plus à se soumettre au pacte de stabilité renforcé. Ils pourraient monétiser les déficits en cas de tension sur les taux des titres publics qu’ils émettent. Enfin l’ajustement du taux de change de leur nouvelle monnaie restaurerait leur compétitivité sans qu’ils n’aient à baisser leurs salaires et leurs dépenses sociales.

La mise en œuvre d’un système de change fixe et d’un fond monétaire communs à tous les États parties-prenantes de cette sortie ordonnée, ainsi qu’un encadrement des changes et du libre-échange, leur permettraient d’affronter, le cas échéant, les attaques spéculatives.

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